IA et travail : le MEDEF contribue au plan Impulsion IA 2027
Ce mardi 22 septembre, le Gouvernement a lancé « Impulsion IA 2027 », un plan destiné à accompagner l’intégration de l’intelligence artificielle dans le monde du travail, autour de quatre priorités : formation, accompagnement des entreprises notamment des TPE-PME, dialogue social et anticipation des transformations du travail.
Le MEDEF s’est pleinement mobilisé en amont : un groupe de travail dédié a élaboré des propositions concrètes afin de contribuer à la construction de ce plan et de faire entendre les besoins des entreprises face à la transformation liée à l’IA.

Des métiers qui évoluent de l’intérieur
Le document part d’un constat : l’IA ne fait pas disparaître des métiers entiers. Elle modifie les tâches, les gestes professionnels et les modes d’organisation au sein de chaque métier. L’Organisation internationale du travail estime qu’un emploi sur quatre dans le monde est exposé à l’IA générative, mais souligne que la transformation des emplois reste plus probable que leur remplacement.
Les effets varient selon les secteurs. La finance, le conseil, l’ingénierie ou les fonctions support connaissent des évolutions rapides. Dans le bâtiment, le transport, l’industrie ou la logistique, l’IA s’intègre plutôt aux équipements et aux process. Selon le World Economic Forum, 39 % des compétences fondamentales devraient évoluer d’ici 2030.
Pour le MEDEF, l’IA reste un outil complémentaire. La maîtrise du métier, les savoirs fondamentaux et l’esprit critique demeurent le socle : ce sont eux qui permettent d’évaluer les réponses produites et de garder la responsabilité de la décision.
Un paradoxe à résoudre
Un chiffre de l’OCDE résume l’enjeu. 65 % des PME utilisatrices estiment que l’IA générative améliore la performance de leurs salariés. Pourtant, seules 23,6 % déclarent que ces salariés ont été formés. Autrement dit, les entreprises adoptent l’outil avant d’avoir organisé l’apprentissage nécessaire pour bien l’utiliser.
L’écart se creuse aussi entre pays européens : 42 % des entreprises danoises utilisent l’IA, contre 18,2 % en France. Selon le MEDEF, la fracture de demain tiendra moins à l’accès aux outils qu’à la capacité à les comprendre et à les utiliser dans un cadre professionnel.
Six axes de propositions
1. Adapter les compétences au rythme des métiers
Les référentiels de diplômes et de certifications sont aujourd’hui révisés tous les trois à cinq ans, un rythme jugé trop lent. Le MEDEF propose des mises à jour ciblées par blocs de compétences et un rôle renforcé des branches professionnelles et des CPNE. Il suggère aussi un baromètre des compétences émergentes.
2. Donner à tous les bases de l’IA, sans affaiblir les fondamentaux
Le texte propose de développer la culture de l’IA dès le plus jeune âge, en s’appuyant sur la culture scientifique et la pensée critique. Il prévoit aussi un module court d’acculturation pour les lycéens, étudiants, salariés et dirigeants, la formation des enseignants, et l’intégration de l’IA dans CLÉA numérique plutôt que la création de nouveaux certificats.
3. Faire de l’entreprise un lieu d’apprentissage continu
Les dirigeants et managers sont appelés à devenir les « sponsors » de la transformation et à encadrer les usages, notamment pour prévenir le « shadow IA », c’est-à-dire les usages non maîtrisés. Le MEDEF propose de financer, via la CUFPA, le diagnostic et l’accompagnement des entreprises vers une logique d’organisation apprenante. Il cite en exemple le programme singapourien qui vise à rendre 100 000 salariés « AI Bilingual », capables d’exercer leur métier avec l’IA.
4. Faire de l’IA un levier d’inclusion
Pour éviter une nouvelle fracture sociale, le texte prévoit plusieurs mesures :
- des formations courtes et concrètes pour les salariés peu qualifiés, avec un accès facilité au CPF ;
- la découverte des métiers de l’IA par les collégiennes et lycéennes ;
- une attention particulière aux territoires moins dotés, y compris l’outre-mer.
Il insiste aussi sur la préservation des « premières marches » vers l’emploi : si les tâches confiées aux juniors et aux apprentis sont automatisées, c’est la construction de l’expertise de demain qui est menacée.
5. Financer, outiller et illustrer la transformation
Interrogées par l’OCDE, les PME placent la formation en tête des soutiens publics attendus. Le MEDEF propose d’élargir le financement des formations certifiantes via le CPF, de renforcer les périodes de reconversion et d’ouvrir davantage le Projet de Transition Professionnelle aux métiers de l’IA. Il privilégie des parcours qui combinent diagnostic, accompagnement, formation et expérimentation.
6. Construire un écosystème EdTech européen
Les écarts d’adoption de l’IA vont de 1 à 8 entre pays européens. Le MEDEF plaide donc pour une politique des compétences qui soit aussi une politique industrielle. Il propose deux leviers :
- un principe de « Test before Scale », qui consiste à expérimenter les innovations pédagogiques pendant 12 à 18 mois avant de les déployer à l’échelle nationale ;
- l’objectif de réserver aux PME innovantes 20 % des achats numériques éducatifs.
En conclusion
Le fil conducteur de ces propositions est simple : il ne s’agit pas de former « à l’IA », mais d’apprendre à exercer son métier avec l’IA. Selon le MEDEF, cette transformation doit se construire de manière concertée, en impliquant les dirigeants, les salariés, les partenaires sociaux et les branches.